Voici un petit texte, écrit à deux voix, pour vous inviter à mieux comprendre la démarche et peut-être à nous rejoindre.

Nous étions treize ce matin-là, à partir de Eurre en direction de la Catalogne. Après avoir retrouvé trois chercheur-euses de territoire du Var, notre groupe était constitué de seize personnes au total. Le choix de la diversité est important dans ces voyages. La diversité entre nous et dans les structures rencontrées. Ardelaine, coopérative ardéchoise, a relevé le défi deux années de suite d’organiser des voyages autogérés depuis la Drôme-Ardèche via l’Italie en 2018 et la Catalogne en 2919.

D’ou vient l’idée CoopRoute ?
Il y a quelques années, l’Europe lance le projet CoopRoute avec l’idée de relier entre elles des coopératives européennes par le biais d’échanges, de rencontres et de partage de savoirs. Des coopératives européennes répondent positivement au projet mais… Les grands projets européens étant ce qu’ils sont, c’est-à-dire souvent séduisants, utopiques mais peu accompagnés, celui-là aurait pu tomber dans les oubliettes comme nombres d’entre eux. Ardelaine, dont la culture coopérative, l’esprit d’aventure humaine et les initiatives ambitieuses ne sont plus à démontrer, a décidé de relever ce défi.
L’objectif de CoopRoute est, entre autres, permettre de voyager à travers les coopératives européennes et ainsi mieux se connaître, établir un réseau et donc sortir de l’isolement et participer dans une dynamique collective, à la vie du mouvement coopératif. Des questions nous ont traversées : Comment fait-on collectif dans la diversité ? Condition ou effet de la coopération ? Les deux ?
Solstice Scop, avait « envoyé », la première année, une Céline exploratrice dans le monde des coopératives et, en 2019, nous étions deux !

CoopRoute Espagne 2019 from Celine Gueunet Mandaron on Vimeo.

Choisir de faire partie d’une coopérative en ce moment n ‘est pas un engagement banal. Il signifie prendre du temps au-delà de son travail pour participer à la vie de celle ci. Le fonctionnement coopératif aujourd’hui prend encore plus de valeur dans un monde où la souffrance au travail fait des ravages et où de nombreux-ses entrepreneur-euses se trouvent dans une précarité sociale et économique . Une CAE comme Solstice Scop ne règle pas tout, mais elle permet un accompagnement et donc une forme de sécurité à celles et ceux ont un besoin d’indépendance ce que chaque entrepreneur.re semble revendiquer.

Faire partie d’une CAE, c’est aussi se sentir moins seul.e. Faire partie d ‘une CAE qui fait elle-même partie d’un mouvement coopératif c’est se relier à l’histoire des coopératives, qu’elles soient ouvrières, au début du 20éme siècle, coopératives de production ou de consommateurs… (cf. le superbe livre La république coopérative, de J. Clavery).

À l’heure où la dimension collective est fortement attaquée par un monde de plus en plus tourné vers l’individualisation du travail. Il est nécessaire pour chacun-e de se sentir inscrit.e parmi d’autres travailleur-euses. Même si nous ne faisons pas le même travail, nous participons d’une « entreprise » collective.

L’orientation « tout gestionnaire » à tendance à détruire le rapport au sens du travail. Les coopératives, quelque soit leur nature, (pourvu que les règles essentielles soient respectées : participation au capital de la coopérative en tant coopérateur-trice et participation au choix d’orientation et de gestion sur la base de « une personne égale une voix » et non pas proportionnellement au montant investi) constituent des abris contre la marchandisation et la déshumanisation. Elles permettent à chacun-e de rester digne et de garder le sens de son travail.

C’est à ce titre-là que le projet CoopRoute nous semble passionnant car il nous entraine au-delà de notre coopérative vers les autres, à la découverte d‘autres fonctionnements et parfois nous fait sortir de nos zones de confort.

Les rencontres faites en septembre avec chacune des coopératives nous ont procuré des moments d’émotions forts, forts d’être toutes et tous associé-es à la même aventure. CoopRoute c’est la capacité de se créer un sas pour entrer en expérimentation et enclencher une transformation vers la coopération. S’accueillir et accueillir autrui et réfléchir. Résister pour s’ouvrir aux champs des possibles du talent humain magique, puissant et merveilleux qui donne de la joie.

Le voyage :
Nous avons donc cheminé avec des petits bus de neuf places de coopérative en coopérative. Tantôt elles nous ont hébergé-es, tantôt nourri-es, tantôt les deux. Et dans tous les cas, nous avons découvert leur fonctionnement parfois très anciens comme à Falset ( plus de 100 ans). Nous avons également partagé nos difficultés mutuelles à survivre face à un monde très exigeant notamment dans la dimension commerciale (cf Texidor et même Falset), mais aussi, chacun énonce ses petits riens, ses petits trucs, ses banalités ou ses actions les plus fortes qui font qu’on ne se contente pas de tenir face à la difficulté, mais que nous la transformons, nous la dépassons. En cela la démarche CoopRoute est une démarche très positive, très « émettrice de valeurs » pour nous et pour les lieux qui nous accueillent notamment lorsque nous avons rencontré le Mas de Noguera qui ne se finissait plus et où, au fur et à mesure de l’échange, notre hôte s’animait face à nos réactions. Elle n’en finissait plus de nous dire et de s’interroger sur ce qu’ils avaient fait et allaient faire, dans un contexte où ils cherchent à transmettre . Nous avons parlé organisation et démocratie avec Claudia et David qui montent leur projet en faisant le choix, dans un premier temps, de respecter les fonctionnements ancestraux de leur village tout en tentant d’apporter des nouvelles idées. Ils ont observé qu’un certain état d’esprit coopératif existe mais n’est pas organisé.

Enfin à La ciutat invisible à Barcelone, là où l’autogestion est le cœur des pratiques, la récupération des coopératives du quartier un chemin avec les habitants, nous avons rencontré des jeunes, de l’énergie et beaucoup d’espoir de construire un monde plus démocratique et où l ‘association de l’individuel et du collectif sont en pleine ébullition.

CoopRoute, c’est l’apprentissage qui transforme nos représentations. L’expérience est riche et apprenante. CoopRoute vitalise, donne de la saveur, de la densité et de la profondeur à la vie des projets. J’ai compris que c’est savoureux de prendre des risques pour concrétiser ses rêves. Les coopérateurs.trices que nous avons rencontrés clarifient leurs rêves en les faisant ! Ils les développent dans les champs des possibles et sont utiles, car ils existent et répondent à des besoins ancrés. Les coopérateurs.trices ont choisi un chemin ambitieux et humble à la fois.

Qu’est-ce que j’ai envie de faire avec CoopRoute ? Continuer à tisser des liens … Poursuivre les voyages apprenants, aller en Allemagne, en parler, y réfléchir avec les personnes de ma coopérative. Réfléchir aux possibilités de trouver des moyens pour faire reconnaitre cette approche pédagogique nouvelle, celles d’organisations apprenantes qui se mettent en mouvement pour avancer ensemble sur le chemin de la coopération.

Ce petit texte est juste là pour vous donner envie de venir nous rejoindre et peut-être de monter un projet CoopRoute à nouveau … et surtout partager notre expérience de cooperateur-trice !

Céline et Béatrice

Voici les sites internet des opérations visitées :
Els caus de mura
Ateneu cooperatiu de la Catalunya central
Teixidor
Cooperative Falset Marça
Cooperativa Mas de Noguera : hébergement et auto suffisance
Saborita
La ciutat invisible
La ciutat invisible nous fera découvrir : La comunal de Sants, l’Impuls Cooperatiu de Sants , Can Batlló; Coopolis ; Cooperative de logement en cession d’usage La Borda